Exprimer sa communauté


Faut-il faire communauté en église et si oui de quelle façon et pour quel but ? 

Lorsque nous parlons de communauté ecclésiale, sa signification semble comprise par tous. Pourtant, une brève discussion à ce sujet révèle la diversité de sa représentation concrète, de sont rôle et de la façon dont nous aimerions la vivre. En sommes, il n’y a rien de plus personnel que notre conception de la communauté !

Cet article est le fruit d’une rencontre live de l’équipe Theologus, à Clarens le jeudi 03 septembre 2020.

Proposition d’exercice

Afin de pouvoir exprimer notre intuition personnelle de la vie communautaire en église puis de la confronter à celle des autres, l’équipe de Théologus s’est livré à un exercice de dessin. Le dessin sous forme de croquis figuratif ou de schémas permet de libérer l’expression et de faire apparaître plus clairement ce que chacun place au cœur de son désir de vie communautaire. 

Pour réaliser cet exercice, vous avez besoin de feuilles blanches et d’un choix de feutres de couleurs. Pendant dix minutes, chaque participant dessine ou gribouille pour lui-même sa représentation de la communauté ecclésiale idéale. Une fois le temps écoulé, chacun commente son dessin et explique ce qui caractérise sa communauté idéale. 

Vous trouverez ci-dessous les dessins réalisés par l’équipe de Théologus ainsi que le commentaire de leur auteur. Cependant avant de continuer, nous vous encourageons à réaliser pour vous-même le croquis de votre communauté idéale. Nous serions très heureux si vous pouviez nous envoyer votre œuvre afin de compléter notre collection.

Des modèles de communauté

À la suite de cet exercice, nous avons poursuivi la discussion en demandant à chacune des auteurs de choisir parmi quatre façons pour sa communauté idéale d’être en relation avec le monde :  

  1. La communauté n’est pas un but pour l’église. Au contraire, la vie communautaire recherchée pour elle-même tend à provoquer un repli au lieu de s’ouvrir sur le monde. Elle est une réaction de peur face à la diversité actuelle des modes de vie. 
  2. La communauté ecclésiale doit se développer hors de l’institution. Elle rassemble des personnes d’horizon divers autour d’un intérêt ou d’une passion partagée. Ce socle commun offre une cohésion et des relations de confiance qui permet l’émergence d’un partage et d’un vécu spirituel original. 
  3. La communauté ecclésiale existe déjà et elle cherche être un lieu d’identification et de vie sociale où les membres se sentent à l’aise et vivent quelque chose qui fait vraiment sens. Cette expérience positive amène naturellement à vouloir la partager avec ses amis.
  4. La communauté ecclésiale fonctionne comme une société alternative autour de valeurs partagées par les membres. Le soutien mutuel, tant spirituel que matériel, permet de mettre en pratique l’éthique chrétienne afin de proposer une autre façon d’habiter notre monde et de vivre ensemble.

Les dessins

Voici les dessins réalisés par l’équipe de Théologus. Ce ne sont pas des œuvres d’art, mais une libre expression la conception de la communauté ecclésiale sous la forme d’un croquis.

En parcourant la page, vous verrez que les dessins se partagent en deux groupes, en fonction du point de vue adopté par l’auteur : 

  1. L’auteur se situe à l’intérieur de la communauté, il dessine donc les autres membres de façon plus ou moins figurative et l’ambiance ressentie. 
  2. L’auteur se situe à l’extérieur de la communauté et cherche à décrire quel élément lui donne une dynamique positive.

Dessin 1

Dessiner ma communauté 1
Dessiner ma communauté 1

L’important ici ce sont les couleurs, leur configuration et leur variation d’intensité. Il y en a trois : vert, bleu et fuchsia. Le vert, c’est la communauté. Elle se trouve partout, elle a des points où elle s’intensifie et elle irradie. Le bleu ce sont les personnes. Une personne existe comme individu. Mais comme individu elle ne peut être distinguée des relations qui la constitue. Les personnes sont en lien, mais elles ne sont pas toutes au même endroit. Parfois elles se rassemblent autour de foyer de communauté plus intense. Le fuchsia est l’indice qu’il s’agit là de la communauté idéale. Il marque de la différence. Il traverse la communauté et les personnes, il distingue les secteurs et les individus, il dynamise l’ensemble de l’image. Ma vision de la communauté idéale dépend de cette espérance : « que Dieu soit tout en tous » (Première Épître de Paul aux Corinthiens, chapitre 15, verset 28) Cette espérance est donnée dans la vie – le sang – du Christ. 


Dessin 2

Dessiner ma communauté 2
Dessiner ma communauté 2

Pour moi, la communauté idéale est toujours en mouvement. Elle réunit des personnes portées par un même élan, qui avancent tournées vers un horizon commun.  En même temps, la communauté demeure ouverte : on peut y entrer, en sortir, y revenir. Ces mouvements la font évoluer et même peut-être changer de cap, toujours dans une forme de continuité. Ce sont les interactions et les liens entre ses membres qui la structurent, la font vivre et en forment les contours, le « dessin ». Chacun.e y contribue en apportant sa touche personnelle et ajoute ainsi sa couleur à l’ensemble. 


Dessin 3 

Dessiner ma communauté 3
Dessiner ma communauté 3

Les points représentent des personnes. Leur couleur grise représente le Christ (d’où la Croix en légende) : chaque personne est liée au Christ, le schéma représente donc une communauté chrétienne, une forme d’église. Les points sont placés en cercle pour montrer des sous-groupes au sein de la communauté. Les couleurs sont des intérêts, des affinités, des ministères, des causes communes, des liens de parenté, etc. Ces couleurs définissent les cercles, les personnes à l’intérieur, mais décrivent aussi les liens entre des personnes de différents groupes. 

La communauté idéale créerait des relations entre les gens qui elles-mêmes créeraient des groupes, mais des relations et liens se constitueraient bien au-delà. 


Dessin 4

Dessiner ma communauté 4
Dessiner ma communauté 4

Ma communauté est rassemblée autour d’un feu qui représente la chaleur humaine et le plaisir d’être ensemble. Les gens sont assis confortablement, en fonction de leurs besoins, les uns sur les canapés, un autre couché par terre, un autre à table. Il y a une semblable diversité d’activités, comme la louange, le partage, les jeux ou tout simplement de la repose. Nous sommes à l’intérieur d’un bâtiment, un lieu qui permet le confort, la confiance et la vitalité sociale. La bible qui se trouve au centre, la croix du Christ se trouve en haut et s’il y a des murs, la porte est grande ouverte vers l’extérieur. Pour rejoindre la communauté, il faut faire la démarche d’entrée, mais le seuil n’est pas difficile à franchir, car un repas et un temps de jeux permettent d’établir le contact. À l’extérieur, aux fenêtres des bâtiments, qu’il y a des petites lampes qui sont autant de communautés semblables. Je pense que l’Église a besoin d’une zone de confort, de partage et de confiance pour se ressourcer avant de pouvoir témoigner au-dehors. 
 


Dessin 5

Dessiner ma communauté 5
Dessiner ma communauté 4

Sur ce dessin, j’ai  voulu représenter la dimension à la fois universelle et personnelle des événements de la vie. Ce que je vis, à un instant donné, chacune et chacun peut le vivre dans le monde entier, à travers tous les âges. Malgré tout, si l’humanité entière expérimente, par exemple, la mort depuis toujours et pour toujours, mon deuil est unique et je le vis dans un cercle restreint du monde: ma communauté. La communauté peut donc être, à mon sens, vraiment présente et partie prenante de mon quotidien. La communauté, et ceux qui la constituent, me fait sentir que mon expérience n’est pas insignifiante, qu’elle a de la valeur et qu’elle doit se vivre, même si elle a déjà été vécue infiniment de fois. Qu’est-ce qu’une naissance, à l’échelle des statistiques humaines mondiales ? Si anecdotique. Mais dans ma communauté, mon monde restreint, elle peut prendre une dimension plus singulière. 


Dessin 6

Dessiner ma communauté 6
Dessiner ma communauté 6

L’église dont je rêve c’est d’abord une communauté qui trouve sa vie (les eaux en forme de cardiogramme) dans la vie, mort, résurrection de Jésus. Cette vie lui nous est communiquée, j’en reste persuadé, à travers les signes cardinaux que possède notre communauté – c’est-à-dire le baptême et la Sainte Cène: je rêve d’une familiarité avec la guérison dans toutes ses formes.

En plus, je rêve d’une congrégation polyglotte, polynationale, polygénérationnelle, une église a laquelle mon fils inviterait ses copains, sachant qu’ils seraient bien accueillis peu importe leurs croyances.

Je fais un rêve pour une communauté dont les mains se tournent vers l’extérieur, et dont les aspirations forment des ailes envers un futur proche et loin, d’entrer davantage dans l’identité que Dieu seul connait.

Je fais un rêve pour une parole de vie qui suscite la joie, la surprise, la réponse non-superficielle (cf. le prédicateur en forme de point d’exclamation) mais qui suscite surtout l’amour. 

Je fais un rêve d’un Eglise ou la musique serait un élément incontournable de la louange, non pas object de louange mais véhicule, icône audible qui proclame l’excellence de Dieu à travers sa propre excellence, qui fait ouvrir les bouches du peuple réuni, dans l’acclamation partagée.

Je fais un rêve d’une tente de la rencontre, d’un tabernacle ou l’Esprit souffle la ou elle veut, et nos vies seraient changées à jamais. 


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Vincent Demaurex

Vincent Demaurex est pasteur suffragant dans la paroisse de Clarens. En continuité avec ses travaux de recherche sur l’identité chrétienne, il explore la portée communautaire et existentielle de la foi qui ouvre un chemin de libération et de renouveau dans notre présent.

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