Communauté ou Église ?

Cet article fait partie du dossier thématique Communauté

Faire communauté, soutenir la communauté, fonder la communauté, etc. Les expressions ne manquent pas en Église à propos de la ou des communautés ! Ce besoin de communauté n’est surtout pas à mépriser, surtout en ces temps où dans beaucoup de régions les croyant.e.s sont privé.e.s de temps de rassemblements, qu’ils soient cultuels ou autres, et attendent avec impatience de pouvoir retrouver des frères et sœurs en Christ « en chair et en os ».

J’aimerais pourtant revaloriser un autre terme : l’Église !

Appel

L’Église, ecclesia en grec, c’est l’assemblée de celles et ceux qui ont été « appelés hors de quelque chose [hors d’eux-mêmes ?], à l’extérieur ». Celles et ceux qui forment l’Église ne se sont donc pas choisi.e.s, ils et elles répondent à un appel extérieur. Ils et elles n’ont peut-être pas d’autres points communs que cela : avoir été appelé.e.s, et être toujours à nouveau appelé.e.s.

Ils et elles ne votent pas pour le même parti, ne lisent pas les mêmes ouvrages, ne s’habillent pas de la même façon, ont des métiers différents, fréquentent des cercles qui ne se croisent jamais… et pourtant ils et elles sont là, ensemble, assemblé.e.s autour d’une Parole étrange, étrangère. Ils et elles sont parfois très surpris.e.s de se trouver côte à côte sur les bancs de nos temples (même à distance sanitaire respectable en ces temps de pandémie).

Hors des murs du temple, tout les sépare… et pourtant ils et elles sont là, appelé.e.s ensemble, et ce « tout » qui devrait les séparer semble soudain perdre de son importance.

Liens

C’est d’abord cela l’Église, des êtres humains uniques, différent.e.s les un.e.s des autres, appelé.e.s par une Parole. Ensuite seulement, à partir de cet appel et de cette constatation, on peut chercher à tisser quelque chose entre ces individus jadis épars et maintenant rassemblés dans ce temple (pour paraphraser une prière que l’on dit parfois au moment de célébrer la Cène). Ou plus exactement, cet appel même tisse quelque chose d’unique entre ces individus jadis épars et maintenant rassemblés dans ce temple (ou dans cette salle, ou n’importe où ailleurs).

Cet appel venu du Tout-Autre qui institue chaque humain Fils et Fille, capable de parler en « Je suis » à l’image du Christ, nous ouvre à ces autres, appelé.e.s et institué.e.s ils et elles aussi Fils et Filles, parlant en « Je suis ».

Des liens se nouent, des affinités se découvrent, un groupe se forme, une communauté naît, mais qui ne doit jamais oublier qu’elle est d’abord Église, au risque de se refermer sur elle-même, « incurvata in se » dirait Luther, ce qui ne serait rien d’autre que le péché…

La communauté doit se laisser travailler par l’appel pour être dépliée par lui et réorientée vers la source de cet appel : elle ne doit jamais cesser d’être Église.

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Sandrine Landeau

Sandrine Landeau est pasteure dans l'Eglise Protestante de Genève (région centre-ville Rive gauche), après une première vie professionnelle comme ingénieure forestière. Ayant grandi dans une famille athée, elle a senti un appel vers Dieu qu'elle tente de suivre aujourd'hui comme pasteure, comme femme, comme maman, épouse, bref, dans toutes les dimensions de son être.

La publication a un commentaire

  1. Merci beaucoup, Sandrine, de votre article et vos réflexions particulièrement pertinentes en ce temps où rassemblements, communautés et Églises sont limités à bien des égards. Une question me reste cependant à la fin de ma lecture : si les croyant.e.s sont appelé.e.s, à quoi le sont-ils ? Servir, résister, agir, … Cela va dépendre sans doute aussi de l’aspect confessionnel. J’ai bien ma petite idée… 🙂
    En tout cas, merci de cet article court et stimulant.
    Avec mes amitiés, Jean-Marc

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