La théologie, une discipline fondamentalement populaire

Cet article fait partie du dossier thématique Théologie

Qu’est-ce que la théologie ?

Après 5 ans et demi à user les bancs des facultés romande de théologie, on aurait pu penser que je sois en mesure de vous sortir une réponse toute faite à cette question. Une réponse du genre : la théologie est l’étude de Dieu (tout comme la biologie est l’étude du vivant, la sociologie l’étude des sociétés, etc.). Mais ce ne serait pas une réponse tout à fait exacte, car Dieu ne se présente pas comme objet d’étude de la même manière que le vivant ou les sociétés. Une autre réponse possible, mais tout aussi insatisfaisante, serait de lister les matières étudiées dans le cadre d’études en théologie (grec, hébreu, exégèse néotestamentaire, exégèse vétérotestamentaire, histoire du christianisme, sociologie, science des religions, théologie systématique, théologie pratique, etc.). Ce serait une réponse insatisfaisante car, premièrement d’autres facultés proposeront des matières différentes, et deuxièmement on ne saurait définir la théologie par la somme des domaines d’études qui s’y rattachent. J’ai mentionné rapidement que les études de théologie m’ont fait passer par l’apprentissage du grec, et je vous propose donc de commencer par là.

Théo-logie

Un mot composé de deux racines grecques : theos et logia. Le premier signifie Dieu. Pas spécifiquement le Dieu de Jésus-Christ d’ailleurs. Et le second signifie la parole ou le discours. En théologie, il est donc question de Dieu et de parole. Mais il y a deux manières d’articuler ces termes. La manière la plus répandue est celle-ci : la théologie c’est avoir un discours sur Dieu. On peut cependant les articuler aussi dans ce sens : La théologie, c’est avoir un discours de Dieu. Lorsque l’on fait de la théologie, nous sommes ainsi autant dans un processus de découverte et d’approfondissement de notre connaissance de Dieu d’un point de vue humain, que dans un processus de découverte et d’approfondissement de notre connaissance de l’humain du point de vue de Dieu. Lorsque je fais de la théologie, je me découvre autant que je découvre Dieu, faisant de cette discipline une discipline qui engage tout mon être et toute ma personne.

De toutes les sciences qui agitent l’esprit et le cœur, la théologie en est la plus vraie. C’est la plus proche de la réalité humaine, et elle nous donne la vision la plus claire de la vérité qui forme la quête de toutes les sciences.

Karl Barth, lors d’un cours donné à Paris (traduction personnelle depuis l’anglais)

Nous sommes toutes et tous théologiens

Une des conséquences de cette double définition de la théologie, est que nous sommes toutes et tous théologiens. Même l’athée est théologien en ce qu’il propose un discours sur Dieu et sur l’humain. Il affirme qu’il n’y a pas de Dieu, et que l’humain se suffit à lui-même. Dans nos paroisses, chaque personne, de l’enfant à l’aîné, est théologien lorsqu’il ose une parole sur Dieu ou sur lui-même. Je suis théologien lorsque je récite le Notre Père, car j’affirme certaines choses que je tiens pour vraies au sujet de Dieu et de l’humain. Je dis de Dieu qu’Il est Père, et qu’Il réside dans les cieux. J’affirme qu’Il a un nom et que ce nom est saint. Je dis aussi qu’il est roi et qu’il a une volonté qui lui est propre. Dans cette prière, je dis que Dieu pourvoit aux besoins de l’humanité, quotidiennement. Je dis enfin de Dieu qu’Il est puissance et glorieux, et cela éternellement. De l’humain, je dis qu’il est enfant de ce Dieu Père, et qu’il forme une communauté avec les autres enfants de ce Dieu, à qui il s’adresse en disant « notre ». Je dis de l’humain que pour vivre, il a fondamentalement besoin de Dieu, qu’il en est dépendant, quotidiennement. L’humain est à la fois victime et coupable d’offenses. Et que pour ses offenses, il cherche à obtenir le pardon de Dieu, mais qu’il est aussi appelé à donner son pardon aux autres. J’affirme que l’humain fait face à diverses tentations et au mal, et qu’il trouve en Dieu celui qui peut l’en libérer.

La théologie : une discipline fondamentalement populaire

La théologie est donc à la portée de chacune et de chacun, et pratiquée par quasiment toutes et tous. Elle ne peut donc pas appartenir à une élite, bien que certains consacrent plus de temps, d’énergie et de ressources que d’autres, à contempler et explorer le monde du divin, et à se laisser questionner en retour. A vous qui, peut-être, envisagez de rejoindre celles et ceux qui se consacrent à cette science, ou qui avez fait le pas récemment ou il y a plus longtemps, j’aimerais vous laisser cette belle citation de Karl Barth qui ornait l’un des murs d’une salle de cours à la Faculté Vaudoise de Théologie, à Rome, où j’ai étudié un semestre :

La théologie est une belle science, la plus belle des sciences. Cependant, on peut et doit faire de la théologie avec joie. Un théologien qui n’est pas joyeux, qu’il soit catholique ou protestant, n’est pas un théologien.

Karl Barth, traduction personnelle depuis l’italien

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Philippe Golaz

Pasteur à Meyrin, Philippe anime également le blog Théologiquement Vôtre. Il est l'heureux papa d'une petite Catherine.

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